jeudi 8 mars 2012

J'habite chez un éléphant


Reprenons là où l’on vous avez laissés, à savoir à l’ECC, le centre de conservation des éléphants  (Elephant Conservation Center pour ceux qui était dans le groupe Aa…).

Lendemain de Festival
 
L’ECC est un lieu hébergeant diverses activités d’ElefantAsia, telles que l’hôpital et le programme de reproduction, mais c’est aussi la nouvelle destination phare pour tous les touristes éléphantophiles.  Ce centre a ouvert en novembre 2011, nous assistons donc à ses premiers balbutiements.
Il y a actuellement 11 éléphants présents sur le site ; 6 femelles, 2 mâles et 3 bébés. Ce qui nous fait à peu près 11 raisons de s’y sentir très bien !
 

Thongkram est le premier éléphant de l’hôpital, arrivé au centre juste après le festival. Il s’est fait couper un bout de queue, écrasé par un tronc, alors qu’il travaillait dans le débardage dans la forêt (aïe). 
A cela s’ajoute une vieille infection oculaire avec un bon ulcère, qu’il se trimballe depuis plus d’un mois (Aurélie ferme les yeux !). On est au petit soin avec lui parce qu’en plus, c’est trop notre copain le Thongkram.
 
Et au Laos, pour faire nos soins, c’est le système D qui est de rigueur. Sur la plaie purulente de sa queue, nous lui appliquons des cataplasmes d’argile dans le but de l’assécher. Plus facile à dire qu’à faire, car de l’argile, c’est impossible d’en trouver dans la ville de Sayaboury. Bo mi ban ha  (Pas de problème) ! Nous sommes donc allés chercher de l’argile dans la rivière proche du centre, nous l’avons purifiée, puis faite décanter et bouillir et enfin, nous l’avons faite sécher pour la maintenir sous forme déshydratée. 
 
Ce qui donne au résultat une bonne petite pâte que nous réhydratons 2 fois par jour et que notre ami le cornac Hin-pheng était tout content d’appliquer.
 
Et juste avant d’utiliser l’argile, nous faisions nos pansements avec du miel.  Elephants 100 % Bio !

Tongkram et son cornac (mode play boy)
 
Thongkroun est un très beau mâle de 29 ans qui a été acheté très récemment par ElefantAsia dans le but de le faire reproduire de façon très intensive avec toutes les femelles en âge de reproduire qui passeront devant lui. Le taux de natalité dramatique du Laos est entre ses mains… Mais pour l’instant, Thongkroun n’a pas trop la patate car il a travaillé de façon un peu trop dure ces derniers temps, avec son précédent propriétaire. Il a un abcès dans le dos juste au dessus des vertèbres (du principalement à son harnachement lorsqu’il tirait des troncs dans la forêt). 
 
Notre objectif c’est de le retaper un peu avant de s’en servir comme étalon. Thongkroun, on compte sur toi ! 

D’ailleurs, pour mener à bien ce beau programme de reproduction, nous sommes en plein chantier pour aménager une zone de reproduction : une sorte de nid douillet pour futurs tourtereaux pachydermiques. Nid douillet certes, mais bon, clôturé et électrifié quand même car on ne rigole pas avec ces animaux là, surtout quand il s’agit de les laisser tout seul sans surveillance pour qu’il se reproduise. 
 
Mae Bong est une elephante de 48 ans qui n’a pas trop de chances en ce moment. Déjà, elle travaille dans un camp de touriste à Luang Prabang…Et les touristes, et ben il faut se les coltiner sur son dos à longueur de journées ! Plus elle bosse, plus son proprio gagne d’argent…Et autant le dire tout de suite : il ne se gène pas.
L’été dernier, elle a perdu une dent. Alors rigolez si vous voulez mais en perdant une dent Mae Bong a perdu un quart de sa dentition ! Et oui, un éléphant ne possède qu’une molaire par demi-mâchoire. Du coup, d’un point de vue digestion, elle n’est pas au top. A cela s’ajoute un ulcère de la cornée et un score corporel dramatique…
Ce qui fait plusieurs raisons de prendre la route (enfumée et empoussiérée) de Sayaboury à Luang Prabang pour lui rendre une petite visite. 


Et au final, moins d’une semaine après notre première visite, Jérôme a du retourner la voir car elle s’était fait péter le bide suite à un baci effectué dans son camp et qu’elle était en colique (Bravo la canne à sucre !). 

Une autre de nos taches est d’assurer le training des éléphants du centre. Le but du training est d’exercer les éléphants à se laisser manipuler, inspecter et triturer par nous afin de rendre des éventuels soins plus faciles par la suite. Les éléphants sont ainsi entrainés à se faire soigner sur ordre. Par exemple, si l’on dit « Gnok ! », il faut que l’éléphant lève le pied, le laisse en l’air ou posé sur un plot et se le laisse examiner sous toutes ses faces.  
 

Cela comprend aussi les palpations transrectales, le levage de pieds et (pour dans quelques temps…) le fameux lavage de trompe…

Le seul hic c’est que ce training devrait être fait très régulièrement, c’est-à-dire tous les jours. Sauf que messieurs les cornacs sont vraiment très fort pour trouver des excuses à ne pas venir : pleine lune, samedi, dimanche, quart de lune…et dernier en date….journée de la femme ! Et oui, aujourd'hui, c’est la journée de la femme et chose assez incroyable, c’est jour férié ici ! Donc, pendant toute la journée, les femmes vont boire de la bière (classe), les hommes ne vont rien foutre et notre training ne va pas avancer. Laos quand tu nous tiens…
Du coup on occupe le crush autrement !

Nous avons eu pendant 3 jours, la visite de Christopher. Chris a été pendant longtemps soigneur d’éléphants dans un zoo en Allemagne avant de reprendre les études pour être vétérinaire. Il est actuellement et depuis 8 ans à la tête d’une ONG en Indonésie quasi similaire à  ElefantAsia. Et du coup, Chris, aujourd’hui, il est un peu devenu le Chuck Norris des éléphants. Il est venu nous rendre visite pour voir le boulot d’Elefantasia et pour échanger aussi ses connaissances avec nous. Chouette type (mais un peu fou aussi). 

Et le meilleur pour la fin…Voici nos 3 petits éléphanteaux, chefs d’œuvre incontestables de la nature au Laos. Longue vie à eux et souhaitons qu’il fasse à leur tour plein de bébés !
 
Ainsi va la (belle) vie à l’ECC, entre éléphants et cornacs et entre scorpions et araignées (bah oui, on ne peut pas tout avoir quand même…). 
 
Mais mine de rien, le temps passe et nous savons que dans pas si longtemps que ça, notre aventure ElefantAsia va se terminer...Notre avion décolle le 16 avril pour la France. D’ici là, il nous reste à effectuer une semaine de mission (le dernier volet de la trilogie tuberculose), puis faire une passation de pouvoir à nos 2 remplaçants venus tout droits d’Angleterre, et enfin voir encore (un peu plus) du pays.
 
A bientôt tout le monde 

dimanche 26 février 2012

Que d'éléphants, que d'éléphants...




 
 Nous voilà enfin ressortis du Festival des éléphants qui a eu lieu du 17 au 19 février à Sayaboury. Sayaboury, très modeste ville du Laos, transformée pour l’occasion en capitale des éléphants…
 
150 000 visiteurs d’après les organisateurs, et le même nombre d’après la police, puisqu’ici, d’une part, ils sont moins habitués que nous aux manifs, et d’autre part, on ne contredit jamais la parole du gouverneur. 

La semaine a été longue et intense pour tout le monde ici, entre les soins, les préparatifs, l’organisation et le festival, on n’a pas eu bien le temps de souffler !
 
Les éléphants, convergeant de tous les districts aux alentours, ont commencé à arriver à Sayaboury le lundi précédent le festival. Très joli moment que de voir débarquer dans la cour d’une école primaire, une caravane d’éléphants qui arrivent tout droit de 3 à 4 jours de marche pour certains…


 
Aussitôt nos amis à trompes arrivés à destination, nous avons entamés une visite de contrôle de tous les éléphants qui venaient au Festival. C’est-à-dire 65 éléphants à voir en 4 jours…

 
De la bobologie de base sur des petites bêtes de 3 à 4 tonnes réalisée dans la cour d’une école réquisitionnée pour servir de logement de fonction à tous ces messieurs les cornacs (à noter quand même la présence de la seule femme-cornac du pays).

Sachant qu’il y a au Laos à peu près 450 éléphants domestiqués, en avoir 65 sous la main était une sacrée opportunité… que nous avons saisie ! Nous avons ainsi profité de ces visites pour prélever tous les éléphants (enfin presque tous) afin de les inclure dans notre étude sur la tuberculose. 
Pour 50 prises de sang d’éléphants, ce n’est pas moins de 100 cornacs qu’il a aussi fallu emmener à l’hôpital pour leur faire un examen médical, une radio de poumons, et les faire cracher dans les petits pots…
 
L’hôpital de Sayaboury n’a plus de secret pour nous. Et le radiologue devait nous maudire un peu plus tous les jours en nous voyant débarquer notre lot de cornacs quotidien… 


Pour l’occasion, toute l’équipe était au complet, Vatsana, Tongsavath, Bertrand, Nicola, nous deux, ainsi que Mylène, une stagiaire québecquoise qui est venue pour l’étude, et nos médecins au nombre de 3 cette fois-ci.

 

Le vendredi, la famille Bret est arrivée au grand complet pour le début du Festival. Rien que 8 personnes pour nous rendre visite et pour célébrer avec tout le monde les éléphants! 
Dans leurs valises chargées de victuailles (ô combien précieuse à notre survie au pays du riz) ils avaient juste oublié d’emporter un peu de froid…Ici, chaque journée semble un peu plus chaude que la veille et cela nous inquiète un peu concernant la suite de notre séjour…Jusqu’où les températures vont-elles monter ? Mais bon, on ne voudrait pas trop se plaindre sur notre sort, on a cru comprendre que tout le monde en bavaient aussi avec les températures par chez vous !
 

Une procession des 65 éléphants pour rejoindre le site du festival, après une cérémonie d’ouverture haute en couleurs, avec des démonstrations et un défilé représentant les différentes ethnies du pays.
 

Et c’est qui qui a eu le privilège de monter sur les éléphants au cours de cette procession ?… Miss éléphant bien sur ! Oui oui, il y a même un concours de beauté au festival de l’éléphant ! Mais ne vous fiez pas au titre, je doute qu’une seule de ces miss pèsent plus de 55 kg… 
 
Jérôme a aussi pu faire sa miss et se balader sur son éléphant, puisque le dimanche, une deuxième procession a eu lieu, sans cérémonie d’ouverture et sans beaucoup de public.


Les éléphants ont pu profiter d’une cérémonie de baci rien qu’à eux. Et gare à celui qui me demande ce que c’est car cela fait déjà la troisième fois qu’on vous en parle ! Le baci étant vraiment quelque chose de très populaire au Laos.





Des petits spectacles ont été réalisés pendant tout le festival sur le thème de… l’éléphant (étonnant non ?), par une troupe d’artistes français venus pour l’occasion. Ils ont fait passer des messages forts par leurs mimes et ont fait sensation, auprès des enfants mais aussi auprès des cornacs.

 

En avant première, laissez nous vous présenter le pachyderme ayant reçu le titre très convoité d’éléphant de l’année. L’élection n’était pas du tout truquée et le vote était très objectif. Bien sûr, que le propriétaire de cet éléphant soit un ami du gouverneur est une pure coïncidence… Soit dit en passant, c’est quand même un très beau mâle !

Bref une semaine très chargée en trompes qui nous à ravi les yeux et nous a aussi bien fatigués.
 
Après tout ça, Adeline a accompagné la famille en balade à Hongsa, toute petite ville au nord de Sayaboury avant de raccompagner tout le monde à Vientiane. Pendant ce temps Jérôme a rejoint le Centre de conservation afin de s’occuper de nos 2 premiers patients de l’hôpital !! Mais on vous reparlera de tout ça dans le prochain post, où on vous montrera où on a la chance de se trouver jusqu’à notre départ…